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  Ecrits >> Etude psycho-pédagogique >> Educateur spécialisé >> L’heure du conte
Description : En fouillant dans ma mémoire, en remontant le fil du temps, j'ai des souvenirs, des images et des souffles qui me reviennent à l'annonce du mot conte : Maman, assis sur une chaise, qui nous raconte l'histoire de Cendrillon ; Papa, en se baladant en forêt, qui nous joue "loup, y es-tu ?"; Mes institutrices qui nous emmènent autour du monde avec ce canard qui voulait décrocher la lune. Bon sang, il n'y a que les canards, trop bêtes pour être des adultes, qui peuvent croire qu'on peut décrocher la lune ! Et pourtant, on a grandi avec ces histoires à dormir debout qui nous tenait (r)éveillé. Quand le monde faisait trop de bruit, que les questions se bousculaient à l'entrée (alors qu'à l'intérieur, on n'est pas encore prêts), qu'on avait peur que tout se brise et disparaisse sans raison, alors je partais dans ce monde enchanté où je pouvais avoir le silence (si je voulais), où les questions avaient des réponses (si je voulais), où je pouvais jouer à cache-cache avec mes peurs et mes angoisses. Quelques années plus tard et c'est moi qui raconte les histoires. C'est à mon tour maintenant. En attendant de passer la main le plus tard possible. Car avant moi, c'était mes parents, et avant, mes grands-parents, et avant, encore un avant… Il semble que le conte se perde dans la nuit des temps. Comme il se perd au plus profond de nous, en ce qu'il y a de plus terrible mais aussi de plus merveilleux en nous.

Extrait : Alors, quand j'ai appris qu'un atelier « conte » s'était mis en place dans l'IME où je travaillais, je me réjouissais de cette initiative. Bien sûr, on peut se demander quel est l'intérêt de cette activité avec des enfants déficients intellectuels. C'est une interrogation légitime après tout : on aime bien savoir ce que l'on entreprend. Les réponses que j'apporterais expliqueront en quoi le conte peut servir de médiation entre les éducateurs et les enfants ; comment l'enfant déficient intellectuel, qui rencontre des difficultés dans la construction de sa personnalité ainsi que dans sa socialisation, peut, à travers le conte, trouver des réponses à ses difficultés. Dans une première partie, j'aborderais donc la construction de la personnalité et la socialisation chez l'enfant. Puis, dans la seconde partie, je décrirai la déficience intellectuelle et ses conséquences sur le sujet. En faisant des tours et des détours, parfois en m'éloignant du sujet central qu'est le conte, je poserai les bases théoriques à mes hypothèses pour qu'enfin, je puisse aborder le conte et son intérêt éducatif. Dans une troisième partie, je reprendrais différents auteurs et leurs écrits concernant les contes et les histoires. Leur éclairage nous apprendra que le conte, c'est tout cela et sans doute beaucoup plus... Vous ne comprenez pas ? Tant mieux ! Il va falloir s'engager dans cette forêt, parfois sombre, parfois éclairée, où chaque arbre est gravé d'un mot. Pas de raccourcis ou alors c'est de la triche. Pas de recette miracle, sinon c'est l'ogre qui nous mange. Pas de réponse vague non plus sinon c'est le fond du puits, en attendant la prochaine oie. Des indices, des pistes qui nous permettra de trouver un sentier. Les conteurs l'ont bien trouvé, leur chemin. Certains sont arrivés au bout, d'autres pas encore. Mais au moins, ils ont décidé d'un chemin à suivre. Est-ce que l'éducateur peut lui aussi trouver son chemin, avec ces objectifs professionnels ? Alors, lâchez vos épées et vos armures, faites le plein de courage et lancez les dés. PREMIERE PARTIE : L’AVENTURE HUMAINE L'enfant vient de naître et le voilà parti pour la grande aventure. Après neuf mois d'attente, le désir du couple se concrétise, mais l'enfant n'a pas encore fini son développement. Bien au contraire : son corps, son cerveau, tout est immature, prématuré. L'évolution nous apprend que l'acquisition de la station debout par l'homme a pu se réaliser en renforçant la région du bassin, libérant ainsi de la place pour le cerveau mais rétrécissant le col de l'utérus. Donc, pour que la femme puisse accoucher, il faut que le bébé soit de taille plus réduite, donc prématuré. Cela a des conséquences importantes sur le cerveau comme sur l’organisation sociale du genre humain. Le cerveau n'étant pas encore achevé, il ne demande qu'à être développé, sa plasticité est importante. Cela va lui permettre d'emmagasiner un maximum d'informations et de développer des facultés cognitives importantes qui vont le démarquer du règne animal. Ou alors de dévier de la trajectoire « classique », puisque rien ou peu de choses sont tracés. De plus, le petit d’homme doit être protégé car fragile. Une structure sociale complexe va se mettre en place pour lui offrir cette protection, jusqu’à ce qu’il soit autonome. L'enfant, au fil des années, va donc se constituer une personnalité tout en développant ses facultés cognitives. Il va ainsi acquérir sa place au sein de la société. I/ LA CONSTRUCTION DE LA PERSONNALITE : 1/ LES IDENTIFICATIONS : Comme l'écrivent Laplanche et Pontalis, « la personnalité se constitue et se différencie par une série d'identification. L'identification est un processus inconscient par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l'autre et se transforme, totalement ou partiellement, sur le modèle de celui-ci ». Plus que la simple imitation, l'enfant va absorber des traits de caractère à autrui pour les intégrer à son appareil psychique. L'inconscient est cette partie sombre et enfouie de notre personnalité. Comme l'iceberg, c'est la partie cachée mais qui nous soutient, énorme mais invisible. Il est difficile d'accès car il faut passer sous la ligne de flottaison. Comme une fondation, son édification agira sur le développement des étages supérieurs. Une faiblesse dans la construction et c'est un pan de mur qui peut s'effondrer. Il y a deux étapes dans l'identification. L'identification primaire est liée à l'incorporation orale. C'est la phase où le bébé porte tout à la bouche pour absorber le monde, sur un mode imaginaire, et ainsi le découvrir. Ce mouvement vise à préciser l'identité de base du sujet. Survient ensuite le mode d'identification secondaire destiné à affirmer l'identité, notamment sexuelle, du sujet. L'enfant va absorber les qualités représentées pour lui par un objet. Les identifications secondaires viennent normalement compléter et organiser les identifications primaires. Ces identifications vont donc renvoyé à une identité plus ou moins complexe de la personne et de son Moi. En psychanalyse, le Ça est le réservoir bouillonnant de nos pulsions. Il tend à obtenir du plaisir sans tenir compte de la réalité : c’est le principe de plaisir. Le Surmoi est l’instance moralisatrice et il peut devenir aussi cruel et tyrannique que le Ça.
L’heure du conte
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