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Description : Après avoir constaté que le jeune enfant était un être débordant d’émotions, j’ai cherché à comprendre le rôle de celles-ci dans son développement. J’ai ainsi pris conscience que les émotions avaient une fonction essentielle dans notre vie. Pourtant malheureusement, elles sont souvent refoulées au profit des "bonnes" conduites sociales et peuvent handicaper l’individu dans son évolution et sa construction identitaire.
Les structures d'accueil de la petite enfance sont souvent la première expérience de la vie en société qui colorera le vécu émotionnel. A la maison d’enfants Gustave Stricker, l’expression des émotions est souvent débordante. J’ai ainsi construit mon action éducative et ma question centrale autour des émotions: comment prendre en compte les émotions dans l’accompagnement du jeune enfant?
L’hypothèse avancée dans ce travail est que l'éducateur doit prendre en compte les émotions de l’enfant, par une attitude d'écoute qu’il lui permette de s'exprimer et d'avoir plus confiance en lui, favorisant ainsi sa construction identitaire. Cette hypothèse a pu être confirmée au fil du stage grâce à l'action éducative que j'ai mené et qui était basée sur les principes de l'écoute active. L’expression artistique, l’observation de l’enfant ou le sentiment de liberté que l’EJE peut lui offrir en aménageant l’espace par exemple, sont autant de pistes qui permettent de prendre en compte l’enfant plus globalement. Il faut cependant garder à l'esprit que les émotions sont aléatoires d’une personne à l’autre et que les personnalités ne s’accordent pas toujours dans un groupe.
Ce que je retiens de ce travail est que l’écoute est une notion fondamentale de la pratique de l’EJE. Le fait d’écouter sans émettre de jugement et de me donner la peine de comprendre la situation de l’enfant par ses propres yeux a transformé mes valeurs, mais aussi mon attitude personnelle, mes émotions, et la prise en charge de l'enfant. En effet, la prise en compte de ses émotions permet à l'enfant d’exister, d’avoir confiance en lui et de se lancer dans de nouvelles expériences. C'est ainsi il construit son identité.
Un élément important a manqué à mon action éducative. Il s'agit de la dimension familiale. Pendant mon stage, les parents des enfants accueillis n’étaient pas très présents. Or il est primordial de pouvoir bien recevoir et écouter les familles afin qu’elles puissent se sentir reconnues et acceptées au sein de la structure d’accueil. Cet échange est très utile à plusieurs niveaux: il permet d'une part d'établir un lien de confiance entre les parents et l'EJE, ce qui enrichit sans aucun doute le travail du professionnel, et d'autre part il permet d'alléger le poids de la séparation en laissant à chacun la possibilité d’exprimer son ressenti. Il faudra à l'avenir que j’envisage des solutions me permettant de prendre mieux en compte cette dimension dans ma future pratique professionnelle pratique.
Extrait : La formation d’EJE comprend trois stages pratiques. J’ai consacré mes deux premiers stages à des structures d’accueil classique de la petite enfance. Je me suis particulièrement interrogée dans ces structures sur les situations des familles des usagers de ces structures en difficulté, et sur le réseau social mis en place pour les aider.
Dans certains cas, lorsque la situation familiale se détériore, elle peut conduire au placement de l’enfant dans le but de le protéger et de permettre aux parents de mieux affronter leurs difficultés. Pour le stage à responsabilité éducative, j’ai décidé d’observer et d’étudier les problématiques de famille autour de l’enfant, dans une Maison d’Enfant à Caractère Social qui accueille des enfants de 3 à 12 ans placés à la demande des parents par l’intermédiaire de l’Aide Social à l’Enfance ou par le juge des enfants. Au fur et à mesure, j’ai orienté mes recherches autour de la question de la gestion des émotions.
Dans la maison d’enfant, tous les enfants accueillis ont connu et connaissent toujours des difficultés dans leur milieu familial.
J’ai étudié le dossier d’un enfant pour comprendre la situation et l’histoire de ses parents. Ces derniers sont séparés, le père est instable et alcoolique et la mère vit avec une autre femme et son fils. Elle a elle-même été placée en tant qu’enfant et aujourd’hui son fils est placé par le juge des enfants depuis 4 ans pour cause d’immaturité maternelle, c’est-à-dire qu’elle rencontre des difficultés pour gérer le quotidien et prendre des décisions cohérentes vis-à-vis de son fils.
Dès le début de mon stage, je me suis rendue compte que la prise en charge collective posait également des difficultés aux enfants, vu le peu de temps quotidien accordé par l’éducateur à chaque enfant, individuellement. David (6;5) présente un retard de langage et a du mal à s’adresser à l’éducateur. La gestion de l’ensemble du groupe ne laisse pas le temps à l’éducateur de prendre un moment avec cet enfant. De plus, les rythmes de la collectivité ne servent pas l’enfant. Trois ou quatre éducateurs se relaient tout au long de la journée, et les tâches quotidiennes occupent fréquemment la fin d’après-midi et le début de soirée. Elles ne laissent pas de temps de liberté à l’enfant.
Mes premières observations se basent sur le comportement des enfants dans la vie quotidienne. Mon objectif était de prendre du recul par rapport aux contacts que j’avais avec les enfants afin de comprendre les besoins de chacun. Le rôle de l’éducateur de jeunes enfants est d’accompagner l’enfant dans son développement. Il doit connaître ses propres capacités pour être en mesure de proposer à l’enfant des éléments dont il serait susceptible de se saisir pour évoluer. Le constat tiré de ces observations « pêle-mêle » est que les enfants se montrent souvent submergés par leurs émotions de manière imprévisible et ne peuvent se contrôler. Cela m’a également permis de comprendre la prédominance de mes propres émotions dans le choix des observations, dans l’élaboration des objectifs du projet d’action éducative mais aussi dans mes relations inter personnelles. C’est ainsi que j’ai orienté mon travail vers l’observation des émotions à la maison d’enfants. Les éducateurs ressentent eux aussi des émotions et j’ai voulu comprendre comment ils les canalisaient et s’en servaient pour avoir une réponse éducative par rapport à une discussion ou à un événement lié à un enfant.
L’expression des émotions est différente selon chaque personne et dépend de multiples facteurs. J’ai adapté mon comportement au fur et à mesure du temps et de ma relation avec l’enfant car l’expression des émotions n’est pas décodable au premier abord.
Exemple 1 La joie de Nicolas (5;6)
“Je vais chercher Nicolas dans sa classe. Sa maîtresse le complimente sur son travail. Nicolas sort dans la cour, agite ses bras et ses jambes de manière désordonnée et parle très fort en faisant des mimiques pour montrer sa force. Je lui demande la raison de son comportement et il me répond par un rire et part en trottinant sans m’adresser un mot.”
Exemple 2: Jeremy (6;2) attends son papa
“ Il est 16h30. Jeremy sort de la classe interne à l’établissement. Ce soir il est prévu que son père vienne le chercher vers 17h00. Il jette son cartable et ses chaussures dans le couloir et monte sur le meuble de la salle de bain d’où il pourra voir l’arrivée de son père. Je lui propose de venir goûter, mais il refuse car il dit qu’il goûtera chez lui. Il me demande de multiples fois l’heure entre 16h30 et 17h30 tout en restant assis sur le meuble. Son père n’arrive pas, Jeremy dit qu’il l’a oublié ou qu’il a eu un accident. Puis, il reste assis sur le meuble sans parler, ni bouger. Son père arrive avec deux heures de retard. Jeremy se jette dans ses bras.”
J’ai également observé des débordements d’émotions incontrôlables de certains enfants où les messages devant être véhiculés par les émotions étaient incompréhensibles. Tous ces éléments m’ont poussé à m’interroger sur les émotions exprimées par les enfants :
· Quels sont les éléments de la vie de l’enfant pouvant être liés à l’expression de ses émotions ?
· Quel est le rôle des émotions ?
· Les émotions sont présentes dans la vie du groupe. Comment les émotions des uns agissent sur les émotions et le comportement des autres, et comment les éducateurs perçoivent-ils ces émotions ?
· Quelles sont les moyens institutionnels donnés dans le domaine de l’expression des émotions ?
· Quel est le cadre posé par les éducateurs pour apporter des réponses éducatives face aux émotions des enfants et en quoi cela est-il important ?
· Comment l’environnement social influence-t-il l’expression des émotions?
· Comment les éducateurs gèrent-ils leurs émotions? Les communiquent-ils aux enfants et vice versa?
· Quel est l’impact des troubles de l’expression des émotions dans le développement de l’individu ?
Ces différentes interrogations m’on permis de poser une question centrale : Comment prendre en compte les émotions dans l’accompagnement de l’enfant?
Pour répondre à cette question, je me suis basée sur l’hypothèse suivante : c’est par une attitude d'écoute que l'éducateur prend en compte les émotions de l’enfant, ainsi il lui permet de s'exprimer, d'avoir plus confiance en lui et favorise sa construction identitaire.
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