|
Description : Cet ouvrage a été élaboré à la suite d'un colloque en 1998 à Aubervilliers à l'initiative des étudiants du Dispositif Expérimental de Formation. Le DEF accueille des intervenants socio-éducatifs non diplômés, qui pendant deux années, reçoivent une formation en alternance, adaptée aux problématiques rencontrées dans les quartiers en difficulté.
Sous la direction de trois professionnels du secteur social : Jean Pierre Boivin (responsable de formation du DEF), Vincent Peyre (sociologue), Annick Prigent (responsable du DEF), " Quartiers, conflits, acteurs" rassemble plusieurs écrits de ces travailleurs sociaux en poste dans des quartiers sensibles. Chaque récit fait office de témoignage sur l'action éducative de proximité menée auprès des jeunes par ces intervenants sociaux, et trace également un portrait réaliste de la vie dans un quartier : les différents acteurs, les institutions parti prenantes, les rapports entre les uns et les autres, le quotidien de chacun… Ces tranches de vie relatées donnent matière à une réflexion sur ce que peut être le travail éducatif en milieu urbain.
Dans les "Contrepoints" en fin de chapitre, plusieurs spécialistes commentent tour à tour ces récits. Ils soulèvent un certain nombre de questions, envisagent des réponses possibles ou des perspectives de travail, et relèvent quelles sont les constantes du travail social auprès des jeunes dans les quartiers sensibles.
Extrait : Les idées développées :
Pour dégager les idées essentielles de cet ouvrage, je vais reprendre un par un les mots clés du titre de l'ouvrage : "Quartiers, conflits, acteurs" et j'y ajouterai "les solutions envisagées".
Les quartiers :
Chaque récit présente un quartier : sa configuration, ses zones sensibles, l'appropriation de cet espace par ses habitants, les différents centres d'activités. Le cadre urbain est posé, les acteurs entrent en scène…
Les acteurs :
Les jeunes : issus très souvent de familles démunies, d'origines étrangères, ces jeunes connaissent la délinquance très tôt et sont connus des services sociaux. Ils sont déscolarisés, ne trouvent pas d'emploi et vivent souvent de petits trafics, le travail n'est plus une priorité pour eux, ils aiment se regrouper, se retrouver dans un lieu qui est le leur, à l'abri des regards des adultes et voudraient être reconnus….
Les autres : tous gravitent autour de ces jeunes d'une certaine manière : les habitants vivent leur quotidien, les forces de l'ordre veillent à la tranquilité des lieux et sévissent en cas de nécessité, les commerçants font tourner leur affaire, les municipalités tentent de contenter leurs électeurs, les animateurs socioculturels proposent des équipements et des activités de loisirs aux différentes tranches d'âges, les bailleurs assurent des prestations de services en mettant à disposition des locaux, les services publics tentent d'assumer leurs missions.
Le travailleur social : il est à la fois médiateur, conseiller, modérateur, confident, doit adopter une position neutre, connaît le quartier, ses habitants et leurs histoires. Il est à l'écoute, doit s'intéresser aux jeunes et à ce qu'ils vivent pour ne pas être rejeté, valorise leurs idées, il est le lien entre eux et la société, il doit avoir un positionnement clair car il est sur le terrain, suscite des prises de conscience, a une influence sur les jeunes, tente de leur faire intégrer la loi et les interdits, résout les conflits et tente d'éviter les drames, mais il est parfois "pompier" lorsqu'il arrive trop tard…
Les conflits :
Le terme "conflit" n'est pas connoté de façon négative par les différents auteurs de cet ouvrage, malgré la gravité de certains des cas évoqués, le conflit peut résoudre une crise larvée, et il pousse les différents protagonistes à prendre position. Le conflit apparaît généralement lorsqu'il s'agit de défendre un territoire, des intérêts commerciaux, des biens personnels ou pour résoudre des contentieux.
La multiplicité des acteurs et leurs interactions au quotidien est la première source de conflit. De par leur connaissance des jeunes, de l'environnement et des rapports entre les différents acteurs, les travailleurs sociaux peuvent donner du sens à ces conflits et trouver des réponses pour les résoudre. Leur travail s'inscrit donc dans la durée.
Ce qui crée le conflit, c'est également l'absence de lieu pour les jeunes de 16-25 ans. Ces jeunes ont besoin d'un espace pour se rassembler et construire leurs identités d'adulte. Le rassemblement de jeunes fait peur aux populations alors que c'est un besoin naturel de cette tranche d'âge. Fatalement, les jeunes s'approprient par leurs propres moyens des espaces pour se réunir, des lieux souvent interdits ou peu appropriés (une cave, un hall ou un banc). Ils en sont expulsés par les habitants ou les forces de l'ordre car ce lieu ne leur appartient pas. Face à ce rejet et à ce manque de reconnaissance, les jeunes répondent alors par la violence…
Les solutions envisagées :
Les professionnels du secteur social s'interrogent sur de nouvelles stratégies de travail et sur la conception de projets adaptés à une population vivant dans des quartiers sensibles.
Pour se faire, un travail en partenariat entre les différents professionnels, les équipements socioculturels et les différentes institutions s'avère nécessaire pour prendre en considération le jeune dans sa globalité : sa famille, sa santé, son parcours scolaire et/ou professionnel et ses loisirs. Mais les stratégies de pouvoir au niveau des institutions et des personnes freinent la mise en place d'un tel partenariat car les objectifs de chacun sont différents.
De plus, il faudrait favoriser la citoyenneté et valoriser les jeunes et les habitants des cités dans des projets où tous s'investissent.
Enfin, il faudrait davantage d'équipements et de personnels éducatifs en poste dans les quartiers les plus sensibles. Le développement des politiques de la ville n'a toujours pas fourni de réponses évidentes, le travail de concertation et de mise en commun des ressources reste à faire.
Paul Blanquart, sociologue et philosophe, souligne qu'il ne faut pas dissocier le travail social du cadre urbain, que pour pouvoir vivre ensemble, il faut que chacun puisse travailler ensemble : l'architecte, l'urbaniste, le politique, l'animateur, l'éducateur… : "c'est toute l'histoire des sociétés et des villes". Le problème n'est donc pas récent, il s'est toujours posé : Comment est-il possible de vivre ensemble ? Et nous n'avons toujours pas trouvé de solution miracle !
|